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1984 : quand le passé nous parle du présent

Jeudi 5 mars 2020, nous nous sommes rendus au théâtre Anthéa à Antibes pour assister à l’adaptation théâtrale du roman dystopique 1984 de George Orwell par la Compagnie « Collectif 8 ». L’auteur a imaginé en 1948 comment serait la société quatre décennies plus tard, et a créé un monde futuriste et angoissant. Le monde est divisé en 3 nations : l’Eurasia, l’Océania, l’Estasia.

L’œuvre nous présente l’histoire de Winston Smith et de Julia qui vivent sous la dictature de Big Brother, en Océania. Sous la surveillance constante des télécrans et des nouvelles technologies, les libertés sont mises à mal, au point que les personnages n’ont pas le droit de s’aimer. Ils sont sans cesse contrôlés, et oppressés par l’autorité du Parti. Deux types de délits sont dénoncés : le crime par la pensée, ou par les actes. Julia et Winston vivent leur amour en secret, ce qui constitue une infraction. Winston hait Big Brother, et se révolte contre le Parti.

Pour adapter le roman sur scène, la metteuse en scène Gaele Boghossian a choisi d’ouvrir le spectacle avec l’arrestation des protagonistes et leur interrogatoire, qui dans l’œuvre d’Orwell sont évoqués près du dénouement. Cela permet ainsi, par des retours en arrière constants, de comprendre comment les personnages vont être brisés par la dictature, et de souligner la satire du totalitarisme dans lequel l’amour est considéré comme un acte révolutionnaire. La mise en scène originale laisse alors une large place aux souvenirs des personnages, à l’angoisse, à la tension dramatique suscités par les effets cinématographiques, les couleurs sombres et le détournement étonnant d’une Nocturne de Chopin.

La bande son proposée par Benoit Berrou permet de refléter cet univers futuriste : Les bruitages, qui associent les chants d’oiseaux dans la forêt, le grésillement électrique des scènes d’interrogatoire, les sons caractéristiques d’un bar, les bruits métalliques des hélicoptères de surveillance et des claviers, accompagnent efficacement le thème futuriste. La musique électronique souligne les scènes d’actions.

Les effets spéciaux nous ont particulièrement marqués. Ils rajoutent une originalité et une créativité à la pièce. Des images inspirées d’une série, « Altered Carbon », et créées grâce au logiciel « Unreal Engine », sont projetées sur deux écrans, ce qui crée une immersion totale du spectateur. Une machinerie sophistiquée suspend les comédiens, et permet une occupation impressionnante de la scène en 3 dimensions.

Cette magnifique adaptation nous a permis de découvrir des acteurs de grand talent. Dans cette pièce, l’amour, l’espoir, la tristesse, la colère, l’oppression, la souffrance et la nostalgie se mélangent. La gestuelle des comédiens, leurs expressions et leurs mots parviennent à nous transmettre ces différentes émotions. L’interprétation des comédiens ne laisse les monologues ni plats ni désagréables. Paulo Correia, professionnel et autoritaire, interprétait brillamment le bourreau chargé de l’interrogatoire, O’Brien. Il était d’une froideur inquiétante et cruelle par l’absence de sensibilité qu’il exprimait. Damien Rémy portait la pièce par une présence en scène importante et bouleversante qui ne nous a pas laissés indifférents. Judith Rutkowski qui incarnait Julia parvient grâce à un jeu tout en nuance à révéler sa personnalité à double facette, qui va d’une naïveté sans égale à un égoïsme adapté au monde totalitaire jusqu’à renoncer à ses libertés fondamentales pour survivre. Autre protagoniste du spectacle : Big Brother est présent sur scène grâce à une affiche rouge constituée des différents visages de grands dictateurs de l’Histoire. Le temps de la représentation file à une vitesse ahurissante grâce au jeu prenant des acteurs, qui est réaliste et nous immerge dans un monde de terreur.

1984 est au final une pièce de théâtre impressionnante qui nous a permis de remettre en question notre monde. Conscients de la perversité du régime totalitaire, nous avons trouvé la stratégie de manipulation pour contrôler la société et la résistance dangereusement intelligente. La mise en scène mêlant l’art du théâtre et de la vidéo collait parfaitement avec l’œuvre d’Orwell. Cette dystopie écrite en 1948 parle d’un futur dont nous avons le sentiment de pouvoir nous rapprocher de plus en plus, notamment en Chine. La pièce de théâtre dépeint à la fois un monde ancien et d’actualité. La mise en scène est brillante et conserve le suspens jusqu’à la dernière seconde. Nous pouvons comparer 1984 à La Ferme des animaux du même auteur. La dictature y est également en place, et la population des animaux de ferme est asservie et privée de liberté.

La pièce a été enrichissante, et un long échange avec les comédiens, la metteuse en scène et l’équipe technique a répondu à toutes nos questions sur la réalisation du spectacle, ce que nous avons beaucoup apprécié.

La classe de 3E

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